Des dingues ?
Quand les petits voiliers
se prennent pour des grands
Lorsque des skippers s'apprêtent à boucler le tour du monde sur des 60 pieds IMOCA high-tech, d'autres, armés d'une scie sauteuse, finalisent les préparatifs d'une navigation inversement exceptionnelle. Car leurs « pocket cruisers », frêles en particulier, simples en général, mesurent moins de 9 mètres et parcourent toutes les mers du globe. texte PAR JULIE CLERC
Après deux ans et demi de boulot sur base CP époxy, la coque à bouchains de P'tit Coco, Serpentaire de 6,50 mètres de long et 2,48 mètres de large, prend forme. Pour quel programme ? Une transat, évidemment. Philippe Ollivier prévoit, pour tout équipement, régulateur d'allure, panneau solaire, batterie, compas, loch et sondeur. Il est menuisier. Employé par un chantier naval, il dispose d'un local où bâtir son croiseur. Le voilier fini, pâtes, lait et café en poudre, 120 litres d'eau en jerricans sont les éléments de base de deux années autour de l'Atlantique, sur un bateau peu contraignant à la manœuvre et facile d'entretien. Sa maxime : « Plus c'est sophistiqué, plus ça casse. Et plus ça casse, moins tu profites des escales. » Bien vu. Et vive la légèreté ! Une collision avec une baleine en transat retour n'a eu raison ni de la solidité du voilier ni du moral du capitaine, malgré un safran cassé net dans une mer formée au large du Brésil... et refait sur place.
Un petit croiseur, c'est lent, 4 nœuds de moyenne. Mais pendant 13 mois, Petit Délire, Hinterhoeller de 28 pieds, n'a eu de cesse de naviguer, enchaînant des dizaines de milliers de milles. Québec - Açores :14 jours. Cap Vert - Afrique du Sud : 49 jours. Le Québécois Yves Plante prend tellement de plaisir qu'il souhaiterait des traversées plus longues encore. Malgré quelques aventures qui en auraient refroidi plus d'un. L'endroit s'appelle le cap de Bonne Espérance. « Là, dit-il, j'ai compris la différence entre difficulté et danger. La mer s'est subitement formée au passage du cap. » Il se souvient très exactement de la forme des vagues. « Elles atteignaient le haut de mon mât, un immeuble de trois étages. » Grand-voile affalée, un tout petit bout de voile à l'avant, Yves est debout sur le côté du cockpit, lorsqu'il aperçoit derrière lui un mur d'eau. « Mon seul réflexe a été de plonger dans le fond pour clipser mon harnais à la ligne de vie, raconte-t-il aujourd'hui. Je me suis étonné de ne plus rien entendre. En fait, j'étais sous l'eau. » Un vide-vite qui désengorge le cockpit trop lentement, un skipper sonné. « J'aime le défi, et j'aimais celui d'un long trip en solo sur un petit voilier. Mais là, j'ai su que l'enjeu était de sauver ma peau. Ça n'a pas le même goût dans la bouche. » Yves atteint pourtant l'Afrique du Sud, repart vers le Brésil et boucle la boucle, six mois après, au large de Rimouski, Québec. Respect...
Cet article est un extrait du n°445 de Loisirs Nautiques.
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