Olivier de Kersauson
"Quand tu es marin, tu ne raccroches jamais de ton amour pour la mer"
Drôle d'endroit pour une rencontre ! Lorsqu'il est à Paris, il loge dans un hôtel à l'élégance classique, sis dans un quartier plutôt chic. Mais il faut prendre un escalier détourné pour joindre sa petite chambre. Une terrasse y donne sur les toits et l'on peut embrasser Paris. Y fumer aussi.
Le temps d'un entretien, l'amiral en allumera plusieurs, de clopes. Il est drôle, Kersau, à la fois puits de science et ours plus ou moins mal léché, à la fois faussement menaçant et rudement amusant.
Ocean's Songs*, le titre de votre livre, est en anglais. Pourquoi ? Pour faire chanson pop, ou chant de marin ?
Simplement parce qu'en anglais, je trouve ça joli, c'est tout, ça correspond à ce que je ressens lorsque je suis en mer... Je trouve que « les chants de l'océan », c'est plus agréable à dire dans la langue de Shakespeare. Et puis c'est surtout pour faire comprendre que chaque mer a ses propres caractéristiques, typées, originales, en fonction de conditions météo qui sont propres à chacune... Ce titre, ça correspond pour moi à une bande-son, car le son compte beaucoup en mer. Ne dit-on pas que les oreilles, ce sont les yeux de la nuit ? Où que l'on soit, cette bande-son nous aide à percevoir notre position, et elle nous donne également une lecture auditive de la marche du bateau. C'est ce qui nous permet de toujours anticiper.
Si l'on vous téléportait, les yeux fermés, avec votre bateau, sur un océan sans vous dire son nom, sauriez-vous le reconnaître ?
Pas tout de suite, mais au bout de quelques minutes sans doute... Ceux qui n'en seraient pas capables, c'est sûrement parce qu'ils n'ont pas navigué autant que moi sur les mers de la planète.
Pourquoi l'homme prend-il la mer, finalement ?
L'homme, je ne sais pas, moi parce que c'est un monde fascinant, parce que c'est un métier que j'aime éperdument et qui passe avant tout... Il y a toujours eu des marins, il y en aura toujours : quand tu es marin, tu ne raccroches jamais de ton amour pour la mer. Et puis la mer, on n'en connaît pas tout, il me faudrait mille ans d'existence pour tout savoir, et encore, il y a les océans géographiques, mais aussi les mouvances météorologiques qui s'y déroulent, et celles-ci ne sont jamais semblables... L'océan, c'est infiniment varié, et désormais, nous restons quasiment les seuls à regarder la mer, les pêcheurs ont l'œil sur le sondeur, les cargos sur les écrans d'ordinateur. Nous, les marins à voile, essayons de la lire... Vous savez, c'est très différent de lire la mer et de regarder des prévisions, on peut me dire : « attention, il va y avoir du sud-est à tel endroit », en voyant la vague, sa forme et son rythme, peut-être en saurais-je plus avant même d'arriver...
cet article est un extrait du n°445 de Loisirs Nautiques.
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