Ils sont complètement givrés !
Sur les traces des grandes expéditions polaires du xixe siècle, un équipage belge fait cap sur l'Antarctique. Multidoués qui n'ont pas froid aux yeux, ses sept membres font honneur pendant cinq semaines à l'été austral. L'aventure aurait pu n'être que scientifique. Elle s'est avérée... détonnante.
texte Julie Clerc - photos laurent dick
Les grands marins, les vrais, sont humbles. On les reconnaît au ton calme de leur voix. Lorsqu'ils lèvent l'ancre pour gagner les zones les plus périlleuses de la planète, on leur sait gré de ne pas le claironner sur les pontons. On se sentirait dépassé. Car l'Antarctique, en particulier, est un exercice de virtuose. À bien écouter sa fascination pour les houles puissantes des 50es, les icebergs et les navigations à vue en bordure de banquise, on réalise vite que Michel Tordoir est de ceux-là. Comment devient-on le skipper qu'un explorateur polaire contacte pour orchestrer trois mois de mer non-stop au-delà du Grand Sud ? Accepter d'avoir l'océan comme idée fixe, se diplômer dans la marine marchande. Se roder aux courants et aux cailloux, étudiant encore, au large des côtes bretonnes. Et travailler quinze années durant à la lente élaboration du projet de mettre les voiles. Cesser de naviguer ensuite - bas de laine oblige. Et mettre en chantier un voilier en acier. Puis, en 2000, à la barre d'un Vulcain V savamment amélioré, pointer l'étrave vers le Nord, avec comme point extrême, le 80°N. Là, le navigateur belge s'offre un bon avant-goût du grandiose : solitude extrême à Jan Mayen, beauté extrême aux Shetland, difficultés extrêmes aux Féroé, émerveillement extrême aux Hébrides. Surtout, ce sont 20 000 milles d'eau à courir en quarante mois. Mais pas n'importe comment : en solitaire.
UN VOILIER ACIER, ISOLÉ ET ÉTANCHE EST UN MINIMUM
Cet article est un extrait du n°446 de Loisirs Nautiques.
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