Sébastien JOSSE : Le sud n'est pas racontable

Sébastien JOSSE : Le sud n'est pas racontable

Sébastien Josse

 

"Le Sud n'est pas racontable : bien y naviguer demande d'abord de la force morale"

 

C'est quoi une mer lourde ? C'est quand une vague, une seule, suffit pour casser un bateau. C'est ce qui est arrivé à Sébastien Josse au cours de ce Vendée Globe qu'il affrontait pour la deuxième fois avec de gros espoirs. Brisés net. Mais pas sa lucidité.

 

Un début de course où il a tenu l'un des premiers rôles. Et puis, entre Noël et le Jour de l'An, une mauvaise vague en pleine tempête et le monocoque qui se couche devant les fureurs de l'Indien. Sébastien Josse a ensuite dû se rendre à l'évidence : son BT n'était plus assez

« secure » pour terminer le Vendée Globe. Alors, le cœur gros, le Français a mis le clignotant et fait route vers la Nouvelle-Zélande. Tout juste arrivé à Auckland, il a accepté de répondre à nos questions.

Qu'avez-vous ressenti en posant le pied en Nouvelle-Zélande ?

En fait, ça concrétise vraiment la fin du Vendée. Tant qu'il n'y a pas d'assistance, que tu es toujours seul à bord de ton bateau, tu ne réalises pas tout à fait que tu es contraint à l'abandon. Et puis, un jour, alors que tu es encore à 30 milles des côtes, tu vois arriver un dinghy qui vient te remorquer... Là, tu te dis qu'il faut tourner la page.

Comment vit-on ces jours de non-course où le seul but est de rejoindre un port tandis que, pour les autres, la compétition continue ?

Je l'ai assez bien vécu, l'âge sans doute (sourire)... Pendant les six jours passés en mer entre le moment où je me suis retourné et l'arrivée en Nouvelle-Zélande, je me suis retrouvé quand même un peu mou, alors que j'étais à fond depuis presque deux mois. J'ai lâché l'affaire, c'est la première fois que ça m'arrive, c'est quand même difficile à vivre, alors je me suis bien raisonné, je ne pouvais pas faire plus, ni mieux... Pendant la course, on est en tension permanente, on est focalisé sur une seule chose, aller plus vite que les autres, c'est ce qui rythme nos minutes, nos heures, nos jours. Avec tous les automatismes que la course nous impose. Et puis soudain, le rythme change, tout d'un coup, le bateau ne navigue plus pareil, je n'ai pas arrêté de me faire mal, il m'a fallu faire attention à tout, trouver un mode de navigation différent. Et très vite, je me suis écroulé, il y avait beaucoup de mer et beaucoup de vent, je me suis enfermé, je me suis reposé, en prenant garde de ne pas me blesser. Je n'ai même pas essayé de ranger le bateau... J'ai mangé, dormi, je vivais comme si je faisais une croisière, je trouvais quand même le temps un peu long... En même temps, je sais que je n'ai pas vécu ce qu'a connu Loïck (Peyron), à faire le bouchon sur l'eau pendant trois semaines, moi, j'avançais à 8-10 nœuds, une moyenne finalement honorable, quand je pense aux gens qui, en croisière, sont contents quand ils font 6 nœuds de moyenne.


Cet article est un extrait du n°446 de Loisirs Nautiques.

 

Achetez et recevez chez vous ce numéro de Loisirs Nautiques.

Loisirsnautiques-magazine.com - Le magazine de la voile hauturière