Essai : Comparatif Classi 38/Océanis 37

Essai : Comparatif Classi 38/Océanis 37

Le match grande croisière : voilier  à l'unité contre voilier de série

 

Pour naviguer loin, on peut choisir un modèle d'un grand chantier ou opter pour un bateau construit sur mesure. Pour vous aider à choisir la formule qui vous convient le mieux, nous avons testé un one off, le Classic 38, et un Océanis 37, archétype du croiseur de grande série.

Par Emmanuel van Deth

 

Drôle d'idée de comparer un voilier de grande série et une unité construite à l'unité nous direz-vous. Eh bien, pas vraiment. Les deux voiliers de 11 mètres que nous présentons ici sont capables d'emmener une famille de l'autre côté de l'Atlantique. Aux Antilles ou plus loin encore, il n'est pas rare de retrouver bord à bord un one off et une unité sortie des ateliers d'un grand chantier. Dans les cockpits, les équipages partagent des émotions comparables et le même appétit de superbes mouillages déserts. Vous décidez de franchir le pas, histoire d'oublier la crise ? Notre comparatif vous aidera à trancher sur les points forts et les faiblesses de deux conceptions très différentes. D'un côté, un voilier standard que l'on peut se procurer rapidement et à bon prix, mais qu'il faudra équiper avant de partir. De l'autre, un voilier cousu main pour son propriétaire, dont la construction peut être longue et éprouvante mais ô combien gratifiante. Présentations. Le Classic 38 est le voilier personnel de David Réard. Plus étroit de 10 cm et à peine plus lourd (200 kg) que son petit frère le Classic 35, le 38 peut être rangé dans la famille des ULDB modernes. Rien d'étonnant. L'architecte constructeur est un fou de vitesse. Tous ses voiliers sont conçus pour dévaler les vagues pleine balle. D'ailleurs, son 38 a déjà été flashé à... 25 nœuds ! L'Océanis 37, lancé il y a un peu plus d'un an, est bien plus sage. Il s'agit du plus gros modèle signé Finot/Conq de la gamme. Traits de caractère principaux : une ligne un poil plus agressive que les 40, 43 et autre 46, une carène nettement plus performante que celles des générations précédentes et des emménagements très bien finis. Peu de fantaisie hormis le choix entre la version deux ou trois cabines, mais beaucoup d'astuces pour faciliter la vie à bord.

Classic 38 : un ULDB CP/époxy deux fois moins lourd

Notre essai du Classic 38 s'est déroulé à Marseille. Le contraste du rouf carré à l'ancienne (d'où le nom du bateau) et de la coque étroite avec son étrave droite est saisissant. L'architecte a bien conscience qu'il affiche un look un brin provoc. C'est sa carte de visite... Lucide, David propose également un dessin plus conventionnel avec rouf en sifflet. Voilà un des avantages du cousu main : la possibilité de retravailler le design avec l'architecte. Impensable sur un voilier de grande série comme l'Océanis 37, prisonnier de son moule de pont pour cinq à huit ans avant un éventuel relooking ! Le rouf de ce dernier plongeant vers l'avant et les grands hublots (comment vieilliront de si grandes pièces soumises à d'importants phénomènes de dilatation ?) lui confèrent une allure presque sportive. La carène est à l'évidence travaillée pour la performance. Entrées d'eau fines, flancs verticaux, arrière porteur : les ingrédients de la vitesse sont plus timides que sur le Classic mais ils sont là quand même. En revanche, pour un lest et une surface de voile similaires, le plan Finot/Conq doit s'accommoder d'un déplacement plutôt lourd... carrément le double du 38 pourtant un peu plus long. Un constat qui n'a rien d'une généralité : certains voiliers de série sont très légers alors que de nombreux bateaux amateurs affichent un déplacement élevé. Question de programme, de formes, de matériau et de qualité de construction.

Les amarres du Classic sont larguées. Le moteur de 30 Ch équipé d'une hélice J-Prop se révèle plutôt bruyant. David n'en a cure : il sait que son voilier n'a pas besoin de beaucoup d'air pour allonger son sillage. Avant de couper les gaz, intéressons-nous aux performances purement mécaniques : on relève 7,4 nœuds en régime de croisière pour une consommation de 3 litres heure. À fond, le speedo indique 1 nœud de plus. L'Océanis 37, également équipé d'un moteur de 30 Ch, est logiquement un cran en dessous en termes de vitesse, déplacement oblige. Comptez un bon demi-nœud d'écart. À bord du Classic, les voiles sont envoyées à l'ancienne : pas de lazy bag pour la grand-voile, et foc endraillé sur l'étai. L'opération est évidemment plus fastidieuse que sur l'Océanis, qui profite d'un enrouleur de génois et d'un sac de bôme. D'un côté, des voiles légères en tissu composite ultra-performant, de l'autre, un lourd dacron et une grande facilité de mise en œuvre. Pour un usage familial, le Bénéteau marque des points.

 

Cet article est un extrait du n°447 de Loisirs Nautiques.

 

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