Armel Le Cléac'h
"On peut connaître des moments de stress, d'angoisse même. Mais si on a peur, il faut songer à se recycler."
Visage amaigri, un indéfectible sourire fendu jusqu'à des pupilles brunes, le benjamin de la sixième édition du Vendée Globe vient de franchir la ligne d'arrivée en seconde position. Dans le sillage de son 60 pieds, 27 233 milles engloutis en 89 jours et 9 heures. Vitesse moyenne : 12,69 nœuds. Armel Le Cléac'h, 31 années à son actif dont 22 consacrées à la voile, Breton formé dans la piégeuse baie de Morlaix, atterrit à Port Olona fatigué et franchement affamé. Après les derniers jours de course qui ont viré au chemin de croix - Gascogne démonté, casquette de rouf envolée, rail de têtière de grand-voile arraché -, le bizuth oscille entre soulagement et fierté : talonner le grand Mich' Desj', c'est pas mal pour un premier tour de piste. D'ailleurs, ils sont là pour l'accueillir - Jean Le Cam, Vincent Riou, Jean-Pierre Dick, Alain Gautier et le skipper de Foncia qui suit de près l'ultime remontée du chenal. Ambiance familiale, pour un peu, on attraperait l'amarre de Brit Air. Lors de ces minutes suspendues, Armel n'est pas encore le communicant accaparé par ses obligations médiatiques. Juste un navigateur hilare qui rentre au bercail après un long voyage, que femme, enfant et une tribu d'amis retrouvent dans une énergie folle. À brûle-pourpoint, le jeune skipper livre ses premières impressions.
Brit Air termine cette édition avec relativement peu d'avaries comparé à l'ensemble de la flotte. Qu'a-t-il de plus que les autres ?
C'est une question à laquelle il est difficile de répondre. Avec l'équipe, nous avons d'abord voulu concevoir un bateau capable de finir un tour du monde. Dans cette optique, nous nous sommes entourés du cabinet d'architectes Finot/Conq, qui a déjà remporté quatre Vendée, et du chantier Multiplast de Vannes. Le résultat, c'est un 60 pieds costaud, marin, fiable, sans trop de détails technologiques, pour lesquels, de toute façon, nous aurions manqué de temps. J'ai aussi beaucoup navigué avant le départ : plusieurs transats, et un démâtage sur la BtoB qui a fait office de test. Le
9 novembre, je suis arrivé avec un des bateaux qui s'était le plus entraîné. Je me sentais relativement prêt...
Cet article est un extrait du n°447 de Loisirs Nautiques.
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