Horn : Le plus meurtrier de tous les caps

Horn : Le plus meurtrier de tous les caps


Horn, Le plus meurtrier de tous les caps

 

Au bout du monde, une falaise noire défie la houle énorme. Le Horn, passage obligé avant l'ouverture du canal de Panama, est certainement le cap le plus redouté de la planète. Un virage qu'on prend toujours en serrant les fesses avant de retrouver des latitudes plus clémentes... et de cracher au vent. par Julie Clerc

 

Tempêtes Sous les eaux noires  et glacées du cap Horn, 800 épaves et autant de drames

 

Ici, on ressent un vertige, un vertige horizontal. L'aube s'éveille sur une mer terne et des nuages lourds qui s'immiscent entre les îlots de l'archipel. Ushuaia, la ville la plus australe de la planète, à la fois mythique et banale, est déjà loin. L'aventure est au-delà. Au cap Horn. Par 55° 58' 47" et 67°17'21 W, à l'extrémité sud de la Terre de Feu, au bout du bout du monde, le Horn (425 mètres) dresse sa falaise sévère, noyée dans les embruns. Autour, ce ne sont que rochers redoutés, baies protectrices et bras de mer. Plus loin, les crêtes enneigées surplombent des reliefs verdoyants. Un voile de pluie vient irrémédiablement éteindre un furtif éclat de soleil. C'était le territoire des seuls êtres capables de résister aux températures glaciales, à cette impérieuse humidité dont même les arbres pourrissent lentement : les Indiens Yamanas, Tehuelches, Onas, Haush et Alacalufs. Pour parler du Horn, comment ne pas évoquer La longue route de Bernard Moitessier, maître initiatique de tous ceux qui ont rêvé des mers du Sud. Et, dans son sillage, Gérard Janichon et Jérôme Poncet, étudiants grenoblois qui passèrent le cap Horn d'est en ouest, un jour de pétole.

« sauve-toi, je vais me réveiller »

De la navigation à bord de ces voiliers presque artisanaux aux 60 pieds open bardés d'informatique, quarante ans et une révolution technologique ont creusé un fossé. Mais l'attirance demeure, le danger persiste. Les six éditions du Vendée Globe en témoignent. Elles y ont connu des avaries, parfois des drames. Désormais, au sommet de l'Isla de Hornos, la silhouette d'un imposant oiseau du large découpée dans un losange d'acier veille sur les quelque 800 navires qui ont péri le long de cette côte crevassée. Ici, cernés par la beauté farouche et brutale des glaciers, des fjords, de la puissante houle battant les flancs rocheux, on voudrait devenir « albatros », surnom donné aux capitaines qui, à la voile, triomphaient de ce cap redouté...

 

Cet article est un extrait du n°447 de Loisirs Nautiques.

 

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