Un modeste voilier de voyage en ferrociment a été pris pour cible le 4 avril dernier par des pirates. Deux couples de Français et un jeune enfant de 3 ans sont pris en otage. Six jours plus tard, le jeune skipper est tué lors de l'intervention des commandos français. Le golfe d'Aden est devenu infréquentable pour les tourdumondistes. par Emmanuel van Deth
On a peine à y croire. Un vieux Joshua avec un jeune enfant à bord, Colin, 3 ans, a été attaqué par des pirates à 350 milles de Ras Hafun, au nord-est de la Somalie. Alors que le sloup de 12,50 mètres fait route à 8 nœuds vers la côte du Puntland, deux navires de la Marine française le rejoignent. Les négociations piétinent, les pirates veulent toucher terre et se font menaçants. Pour ralentir la course du voilier, les voiles sont affalées... par des tireurs d'élite. Lesquels abattront deux Somaliens le lendemain, juste avant l'assaut des huit fusiliers. Quatre membres de l'équipage sont sécurisés, mais le commando, en descendant dans le carré, déclenche un échange de tirs. Florent Lemaçon, le skipper de Tanit, est mortellement touché d'une balle dans la tête. Les trois pirates encore en vie sont faits prisonniers. Terrible bilan d'une croisière vers l'océan Indien. Jusqu'alors, on pensait que seuls les navires de commerce étaient menacés. Quelques alertes tout de même, comme cet Etap 21i intercepté et aussitôt relâché grâce à la présence à bord d'un jeune enfant. C'était il y a quelques années. Un an jour pour jour avant l'attaque de Tanit, le Ponant et ses 30 membres d'équipage étaient pris en otage par des pirates somaliens. Le 2 septembre dernier, c'était au tour de l'équipage de Carré d'As IV, un Super Maramu 2000, de subir le même sort.
Dans le même temps, 130 attaques de navires marchands sont signalées dans le golfe d'Aden, soit une hausse de 200 %. Bref, la région n'a jamais été aussi dangereuse ; Chloé et Florent, les propriétaires de Tanit, en étaient conscients.
Un équipage conscient des dangers du golfe ; Ironie du sort, ils ont même rencontré l'équipage de Carré d'As : « À Ismaïlia, dans le canal de Suez, nous avons croisé les navigateurs Jean-Yves et Bernadette Delanne. Ils venaient d'être libérés par un commando de l'armée française, après avoir été otages des pirates somaliens durant deux semaines. Leur récit a été à la fois impressionnant et rassurant, écrit Chloé sur son blog. Leur libération s'est déroulée dans le sang avec un pirate abattu sous leurs yeux. Mais, dans le même temps, ils ne se sont jamais sentis en danger car ces Somaliens n'en voulaient pas à leur vie. Ils voulaient d'abord de l'argent. Le danger existe, et il s'est sans doute accru au fil de ces derniers mois, mais l'océan reste vaste. Les pirates ne doivent pas anéantir notre rêve. » L'équipage de Tanit décide donc de poursuivre son périple en effectuant une dernière escale à Aden. Ensuite, l'objectif est de longer les côtes du Yémen jusqu'au sultanat d'Oman, puis de s'écarter de l'île de Socotra pour descendre vers le Kenya. Décision est prise de renforcer l'équipage par un couple d'amis, et quelques précautions s'y ajoutent : « Nous avancerons de jour comme de nuit, tous feux éteints, après avoir signalé notre départ aux forces françaises à Djibouti. Dans de telles conditions, il n'est plus question de nous relayer seulement à deux à la barre, tout en nous occupant de notre fils. Comme nous ne pouvons pas passer en convoi sous escorte, deux amis vannetais vont embarquer avec nous...
Cet article est un extrait du n°449 de Loisirs Nautiques.
